Chana Orloff : Sculpter l’époque au Musée Zadkine

Plus que quelques jours pour découvrir Chana Orloff.

Mais qui est-elle ? Cette exposition chrono thématique est monographique. Elle regroupe plus de 100 œuvres. Après vous !

 

Affiche de l’exposition

 

Ses œuvres dialoguent dans l’univers du sculpteur Ossip Zadkine. Elle et lui sont à compter parmi les grands sculpteurs du Paris de Montparnasse du XXème siècle. On apprend qu’ils se connaissaient sans être proches. 

Tous deux sont nés ailleurs : Chana Orloff dans l’actuelle Ukraine et Ossip Zadkine dans l’actuelle Biélorussie.

Lui avait son atelier au 100 bis de la rue d’Assas et elle au 68.

Ils ont été exposés, côte à côte, et des peintures de Valentine Prax, l’épouse de Zadkine font partie de la collection d’Orloff. Rien ne dit qu’ils auraient travaillé en commun.

 

Portrait de Chana Orloff dans son atelier

Chana Orloff dans son atelier.
Archives des Ateliers - Musée Chana Orloff, Paris.

Une route indépendante

Reconnue et célébrée de son vivant comme la Portraitiste de Montparnasse à la mode, Chana Orloff a représenté la Femme en mouvement, des Maternités et des Animaux familiers dont un bestiaire symbolique.

Chana Orloff est née en 1888 dans une famille juive émigrée de l’actuelle Ukraine en Palestine. Elle arrive à Paris en 1910. Elle a 22 ans. Elle suit une formation d’artisane et obtient son diplôme de couture. Montparnasse est alors un creuset international d’artistes et de liberté. Les arts y fleurissent comme les passions. Dans les cafés du Dôme et de La Rotonde, elle croise Chagall, Kisling, Modigliani ou Soutine ses amis et découvre sa vocation de sculptrice. Excellente dessinatrice, elle entre à l’École des arts décoratifs. Elle aurait été à l’Académie Vassilieff suivre des cours de taille du bois.

Une héroïne de L’école de Paris

 

Chana Orloff, Le Peintre Widhopff ou L’Homme à la pipe, 1924

Chana Orloff, Le Peintre Widhopff ou L’Homme à la pipe, 1924, plâtre peint.
Ateliers-musée Chana Orloff, PARIS. © Chana Orloff, Adagp, Paris 2023. Photo © Stéphane Briolant

 

Ses portraits sont stylisés et ressemblants et c’est en tant que portraitiste qu’elle se fait remarquer et apprécier.

Dans la première salle du musée et premier atelier d’Ossip Zadkine, est présenté sa galerie de portraits exécutés entre 1920-1930 certains dotés de lunettes sur les verres desquels elle grave des yeux qui donnent un aspect surréaliste et humoristique aux personnages.

Chana Orloff, Torse, 1912

Chana Orloff, Torse, 1912, ciment. Ateliers-musée Chana Orloff, Paris
© Chana Orloff, Adagp, Paris 2023. Photo © Stéphane Briolant

 

Cette œuvre fait partie de ses premières. Ses affinités avec les arts extra-occidentaux, notamment la sculpture égyptienne visible dans Torse, elle la partage avec Modigliani et Brancusi.

Elle explore la modernité tant avec les formes que les matières.

Dès 1912, elle usait du ciment d’une manière esthétique !

 

Chana Orloff, Amazone, 1915

Chana Orloff, Amazone, 1915, bronze. Ateliers-musée Chana Orloff, Paris © Chana Orloff, Adagp, Paris 2023

 

Elle dit admirer beaucoup Rodin, Brancusi et Pompon. Mais, elle ne s’est pas accrochée à un mouvement.

Son style, ni académique, ni Rodiniste, ni cubiste, ni abstrait, marqué néanmoins par ces esthétiques diverses est une synthèse élégante au service d’une position philosophique faisant l’éloge de la vie. Elle synthétise les formes, les épure, les lisse.

Chana Orloff (1888-1968), Le Baiser ou La Famille, 1916

Chana Orloff (1888-1968), Le Baiser ou La Famille, 1916, bronze.
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme. © Chana Orloff, Adagp, Paris, 2023.Photo © Stéphane Briolant

 

Ses modèles sont des amis et des connaissances, des artistes, des écrivains et des intellectuels, mais aussi des enfants comme la petite Nadine, la fille de l’éditeur Lucien Vogel et l’amie d’Élie, dit Didi, le fils que la sculptrice a eu avec Ary Justman un poète épousé en 1916 qui meurt trois ans après leur mariage. A la mort d’Ary Justman, elle élève seule son fils « le petit Didi. »

Une artiste reconnue

Dans l’entre-deux-guerres, elle expose en France et à l’étranger tandis qu’elle enseigne la sculpture.

En 1925, année de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels, elle reçoit la Légion d’honneur.

L’année suivante, elle prend la nationalité française et l’architecte Auguste Perret lui bâtit 7 bis Villa Seurat une maison-atelier qui se visite aujourd’hui. Il est situé près du parc Montsouris dans le 14ème arrondissement de Paris. Dans sa maison-atelier, elle vend ses œuvres. Elle peut y montrer ses œuvres et créer dans la partie dédiée à l’atelier.

Dans les années 20, le Paris des Années Folles elle rayonne.

Chana Orloff est invitée à participer à la grande exposition des Maîtres de l’art indépendant organisée au Petit Palais à Paris en 1937.  La Seconde Guerre mondiale marque un arrêt brutal dans sa carrière. Chana Orloff échappe à la rafle du Vel d’Hiv’ avec son fils. Ils arrivent à fuir clandestinement en Suisse.

Quand elle rentre à Paris en 1945, elle retrouve sa maison-atelier saccagée et 140 sculptures ont été volées.

Chana Orloff va partager dès lors sa vie entre la France et Israël où elle réalise plusieurs monuments de grande envergure, comme Maternité Ein Gev, dont le modèle est montré dans l’exposition en fin de parcours.

La femme

Chana Orloff se sent très proche du monde des femmes, elle soutient la solidarité féminine. Certain ont dit d’elle qu’elle est la sculptrice de la sororité.

 

Chana Orloff, Danseuse au disque, 1914

Chana Orloff, Danseuse au disque, 1914, bois poli.
Ateliers-musée Chana Orloff, PARIS © Chana Orloff, Adagp, Paris 2023. Photo © Stéphane Briolant

 

Création et procréation ? Pour elle la maternité est la source de son art. Enfant et mère ne forment qu’un.
Elle vivra avec Didi de manière très proche toute son existence. Les petits enfants de Chana Orloff aujourd’hui assurent les visites de la maison atelier au 7bis de la Villa Seurat et ont prêté beaucoup d’œuvres pour cette exposition.

Nous terminons cette visite en citant son bestiaire.

Elle sculpte avec allégresse animaux tels les oiseaux, les poissons… nos gardiens qui nous précèdent dans la création du monde.

 

Vue de L’EXPOSITION : Chana Orloff_057HD@muséeZadkine

Vue de L’EXPOSITION : Chana Orloff_057HD@muséeZadkine

 

De ses débuts à Montparnasse jusqu’à la consécration dans les années 1960 l’exposition retrace les grandes étapes d’un parcours artistique qui se clôt dans l’atelier du jardin, construit par Zadkine dans les années 1950. Là, vous pourrez découvrir les monuments réalisés par Chana Orloff après la Seconde Guerre mondiale. Elle meurt en 1968.

Dans cette photographie datant de 1915 elle se mettait en scène en train de sculpter le Prophète.

Se souvenir qu’elle aussi appartient à la génération des pionnières.

 

Chana Orloff sculptant Le PROPHÈTE, 1915

Anonyme, Chana Orloff sculptant Le PROPHÈTE, 1915, archives des Ateliers-musée Chana Orloff.
© Chana Orloff, Adagp, Paris, 2023
 

Angel Toutpourlesfemmes

Infos pratiques

Musée Zadkine

Chana Orloff Sculpter l’époque

www.zadkine.paris.fr

#ExpoChanaOrloff

Jusqu’au 31 mars 2024

 

Les ateliers-Musée Chana Orloff

Visite sur réservation :

www.chana-orloff.org

7 bis, villa Seurat, 75014 Paris

Contact : info@chana-orloff.org

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