Textes d'Irène Frain, photos de François Frain
François Frain qui a accompagné Irène aux Etats-Unis, a rapporté un reportage photographique des lieux où se sont déroulés les rencontres de Simone de Beauvoir et de son amant Nelson Algren. Voici quelques-uns des clichés, suivis d'extraits de Beauvoir in love.
Beauvoir est descendue au Palmer, un palace, où Nelson va se rendre, presque malgré lui. Ce sera le lieu de leur première rencontre.
Le luxe d'un palace
«Au moment où elle quitte sa chambre pour descendre au rez-de-chaussée du Palmer, le Castor se trouve absolument ridicule (...)C'est son reflet dans les miroirs faux Louis XV accrochés en face de l'ascenseur. Son miteux manteau de lapin, sa robe à la pendouille et le numéro de Partisan Review qu'elle arbore à l'intention de l'homme de Chicago».
«Quelques secondes plus tard, l'acier brossé à l'or fin des portes de la machine lui découvre le décor théâtral du hall de l'hôtel : ogives de faux palais vénitiens, moulures et marbres comme s'il en pleuvait, tapis aussi épais que les neiges qui couturaient le lac, ce matin derrière la vitre du train».
Les bas-fonds de Chicago
Simone de Beauvoir veut connaître l'autre visage de l'Amérique, l'envers du décor. celle des laissés pour compte, des miséreux.Nelson Algren va l'entraîner dans les bas-fonds de Chicago, un monde que l'écrivain fréquente, et dont il partage certains modes de vie ou de survie.
Wabansia, c'est là qu'habite Nelson. Naissance d'une passion
«Devant la venelle, elle hésite. Et se remémore ce qu'il lui a expliqué, ce matin, quand elle l'a appelé : dans ces quartiers-là de Chicago, on accède aux maisons par l'arrière. Pour aller chez lui, il faudra donc qu'elle emprunte l'étroit passage qui sépare le 1521 du 1523. Elle se retrouvera alors dans un jardinet».
L'univers de Nelson
Chez lui
«La minuscule table de travail peine contenir la machine à écrire , elle est placée près de la fenêtre, qui donne sur la rue. Si on veut se concentrer, pas très astucieux : comme la porte de la cuisine, elle est simplement voilée d'une étoffe transparente. Jaune d'or, elle aussi».
Les bars, le quartier des migrants polonais, les prostituées, les drogués...
«Il a commandé de la vodka. Au bout de deux verres, elle n'a plus trop su où elle était. Pas en Pologne, en tout cas, même si tout le monde dans le bar parlait polonais. Ni même en Amérique».
Le fou de jazz
«(...)ils n'avaient pas parcouru deux cents mètres que, d'un mouvement brusque, il lui a désigné l'enseigne d'une boîte : 'Le jazz est formidable, ici. Des Noirs, ils sont excellents'».
Le voyage au Mexique, au Guatemala et au sud des Etats-Unis
Minutieusement préparé par Simone de Beauvoir, ce voyage devait être celui de leur lune de miel. Il s'achèvera plus vite que prévu, miné par un secret, dont Nelson ne découvrira la teneur que quinze ans plus tard.
«Et pourtant, le mal qu'elle se donne avant leur départ pour que leur bonheur soit parfait...Non seulement c'est elle qui conçoit l'itinéraire de leur voyage sentimental, mais elle étourdit Nelson de lettres - plus d'une cinquantaine en huit mois et demi.»
La maison du lac, Calumet Lagoon : le dernier chapitre
«“DEAD END” proclame un panneau à l'entrée de Forrest Avenue. Nelson s'était installé dans une impasse. Comme son histoire avec Simone».
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